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Articles

Affichage des articles du 2017

COUPS DE COEUR (N°53)

Les aléas de l'informatique, la chaleur accablante de l'été, les nombreux déplacements ont retardé la publication de ce 53e coups de cœur initialement prévu pour le 25 août. Que nos lecteurs veuillent bien nous excuser pour ce contretemps. Au passage, s'il y a parmi les lecteurs de l'ancien TraMeZziniMag des gens qui auraient eu l'idée géniale d'enregistrer sur leur disque dur des numéros précédents de cette rubrique (entre 2005 et le fatidique mois de juillet 2015), nous serions ravis de pouvoir en obtenir copie afin de les ajoutes aux archives du nouveau blog comme cela nous est souvent demandé.
François Lerbret
Le Labyrinthe et le rêve
Venise, Rome
Le Temps qu'il fait.
2017. 96p.
TraMeZziniMag voit ses antennes se dresser dès qu'un titre apparait se référant à Venise. Lorsqu'un ouvrage vient au monde par la volonté d'un éditeur que nous apprécions particulièrement et dont la ligne éditoriale correspond tout à fait à ce que nous aimons lire, dont j…

Reste avec nous car le soir tombe

Il n'y a rien de mieux en ces périodes de forte chaleur que de se retirer derrière les murs épais d'un bâtiment séculaire, après s'être levé à l'aube, quand la fraîcheur de la nuit qui s'achève demeure dans l'air et que la ville dort encore. A Venise, ces petits matins d'été sont particulièrement délicieux. Les rues sont vides, seules les mouettes se promènent à la recherche de détritus abandonnés. On s'entend penser et marcher. Nul besoin de faire de grands détours pour éviter la foule, aucun touriste n'est levé. C'est un bonheur de traverser la piazza absolument silencieuse, une joie d'arpenter la riva dei Schiavoni vide elle aussi. 

L'endroit où je vais n'est pas ouvert au public et si je puis y rentrer aussi tôt, c'est par un privilège auquel je tiens et qui m'honore. Le rituel s'est installé depuis plusieurs années déjà. Je préviens la veille par correction et le lendemain, je me rends à Castello, non loin de la maiso…

Journal de Venise. Août 2015 et août 2017

29 juillet 2015
Dans le train pour Paris. Temps gris (la nouvelle lune est terrible). Compartiment tranquille. Jolis paysages de la Creuse où est-ce encore la Charente ?  J'aime nos collines verdoyantes, ces talus et ces haies, les animaux dans les pacages, les champs à taille humaine, les bois... Tout ce que l'homme a mis à mal depuis tant d'année dans sa grande prétention et sa recherche pathologique du profit, sa course vers le toujours plus... Combien je me sens loin de cela. 

Bizarre sensation. Ce voyage que je m'étais résolu de ne pas faire. Par réalisme. Ma volonté d'abandonner ce rêve vieux de trente ans : m'installer enfin à Venise. Je pensais m'y marier et y voir grandir mes enfants. Celle que j'ai épousé ne l'a pas entendu ainsi et je ne regrette pas le choix que j'ai fait de la rejoindre en France, laissant tout à Dorsoduro, au dernier étage du 445 Calle Navarro. 

Cependant, trente ans après. B. m'a mis dans l'obligation de part…

Quand Goethe revint à Venise (1)

"Ainsi, Dieu soit loué, Venise aussi n’est plus pour moi un simple mot,un nom vide de sens."(1) Lorsque le jeune Johann Wolfgang Goethe reçoit des mains de son père la maquette d'un bateau aux formes bizarres, il ne sait pas encore combien ce jouet sera porteur de sens et qu'il permettra d'ajouter au patrimoine intellectuel de l'Humanité une œuvre magnifique, les fameuses Épigrammes vénitiennes dont on n'a compris le sens que bien après leur publication. Venise rappelait hier la mémoire du grand poète avec la pose d'une plaque sur la façade de la maison qu'il habita lors de son second séjour en 1790.
La gondole miniature oubliée depuis longtemps par le conseiller du prince devenu un écrivain célèbre, poète renommé et philologue respecté dont la réputation dépasse depuis longtemps les frontières d'Allemagne, lui revint en mémoire ce jeudi 28 septembre 1786. Il décrit l'émotion très proustienne qui s'empara de lui lorsque, le navire sur…

Belle promenade du côté de Sant'Elena avec Claudio

En revenant de Venise l'autre jour, j'ai partagé ma cabine avec un jeune étudiant aux Beaux-Arts de Paris venu passer trois jours dans la cité des doges pour la Biennale. Que peut-on voir en trois jours de la ville ?
Beaucoup certes, mais tellement en surface. L'infestation des lieux par les hordes de touristes empêche le plus souvent de se faire réellement une idée de ce qu'est Venise. Les lecteurs de TraMeZziniMag connaissent la ligne éditoriale qui a mené à ce site : Venise est bien plus qu'une cité historique joliment conservée et en danger. C'est une Civilisation qui peut servir de repère et de modèle au système urbain contemporain.
Son histoire, ses usages, son mode d'organisation deux fois millénaire est toujours le même. A l'époque de la globalisation - terme que nous préférons à celui de Mondialisation, trop marqué par son acception négative -, tout cela pourrait inspirer le fonctionnement de toute les s communautés urbaines. Installées dans des …

Chemins de traverse

Ceux qui sont familiers de ces pages savent combien leur auteur et ceux qui parfois le rejoignent ont à cœur de défendre une vision du monde hors des sentiers battus, sans renier pour cela ce que les voies bien tracées et joliment entretenues ont d'utile et de confortable. Certains crieront au paradoxe, je les entends déjà, mais n'est-il pas important, surtout dans ces temps où tout doit aller de plus en plus vite, de refuser de se laisser entraîner dans cette folie, de refuser approximation et superficialité et de prendre le temps pour mieux se pénétrer de l'esprit du monde et tenter de le mieux comprendre.

Le voyage n'est-il pas, avec les livres, le meilleur des moyens pour cela ? L'expérience vécue par le voyageur, avec son corps autant qu'avec son esprit laisse toujours en lui une empreinte indélébile.  Comme le livre, mais avec bien plus d'acuité, et si tant est que nous soyons vraiment prêts à cela, il bouscule toujours le confort et les certitudes de …

L'ordinaire des jours (1)

Délices du petit matin à Venise. La grande majorité des touristes n'est pas levée ou pas encore en train de se répandre dans les rues. Tout est calme. Il règne un silence de bibliothèque. Les éboueurs arpentent les rues avec leurs grands chariots, des livreurs passent et repassent. Seul bruit rémanent, le cri des hirondelles qui se mêle à celui des mouettes. Sous mes fenêtres, des gens qui se rendent à leur travail, d'autres qui promènent leur chien. Ils se croisent, se saluent et repartent. Rien que de très banal et qu'on peut observer dans toutes les villes du monde, mais ici cette animation matinale est différente. Malgré la vie qui se répand de nouveau à travers la cité avec le lever du jour, il règne ici une tranquillité semblable à celle de la campagne. Pourtant on ne peut pas ne pas avoir la sensation d'être au milieu d'un centre urbain, certes dépeuplé, mais tout rempli de siècles d'activité humaine. C'est un peu comme si aux habitants d'aujourd…

Des supports publicitaires inattendus inventés à Venise

Mais où va-t-on si les ducs d'Albe deviennent des supports publicitaires ! C'est une photographie d'Emiliano Roveri qui fait poser cette question.
Le cliché a fait le tour du net vénitien aujourd'hui. Un cliché assez surprenant. Comme le précise la plateforme du Gruppo 25 aprile dans un article daté de ce jour, il ne s'agit pas d'un ex-voto ni d'une de ces petites chapelles miniatures que dressaient autrefois un peu partout les pêcheurs et leurs familles,  au milieu de la lagune, pour rappeler aux passants un évènement survenu là et remercier la vierge d'avoir sauvé leur bateau en difficulté.
Il s'agit en réalité d'un duc d'albe (qu'on appelle ici bricole) utilisé - abusivement - comme support publicitaire ! Si, si. On peut se demander si l'installation du panneau s'est faite avec l'autorisation de l'administration municipale, auquel cas il s'agirait d'un fait sans précédent qui ferait se retourner les provéditeurs …

San Cristoforo e il Santo bimbo decollato

L'une des maisons que j'ai eu le bonheur de fréquenter puis d'habiter à Venise, à deux pas de Santa Maria Formosa abrite dans son androne, une de ces entrées souvent majestueuses des palais vénitiens, une très belle statue de bois sculpté. Usée par le temps, c'est un travail qu'on peut situer entre 1650 et 1700. L'enfant Jésus a perdu la tête. Et le saint qui le porte sur son épaule en semble marri. Sa contrariété a toujours eu un sens pour moi. Cette tristesse convient bien à notre temps. Son regard et sa tête un peu penchée n'expriment pas vraiment de la mélancolie, ni un chagrin qui ne sied pas à un homme de Dieu. Il s'agit bien plutôt du regret de constater la faiblesse des hommes, leurs erreurs sans cesse répétées et rarement assumées. 
Quant à l'Enfant-Roi, on peut penser qu'il a perdu la tête en voyant jour après jour défiler devant lui notre bêtise. Nous courrons sans cesse après des chimères, prétentieux et veules à la fois, nous bâtisso…