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Articles

Affichage des articles du 2006

L'anatra selvatica, délice des doges

Je vous parlais il y a quelques semaines d’un restaurant clandestin (le mot est tout de même un peu fort) où Caroline Delahaie et son compagnon Gérard, les charmants hôtes de la Ca’Bragadin, du temps où la belle demeure proche de San Giovanni e Paolo abritait leur maison d’hôtes pour la joie des Happy few qui pouvaient y trouver une chambre libre. 
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Un soir, je ne sais plus à quelle occasion, Caroline nous convia,avec tout un groupe de français dans un bar situé calle Carminati, à San Lio. Une petite salle avec un comptoir ordinaire. deux ou trois clients. Un décor très courant. Et au fond, une salle à manger avec une quinzaine de couverts. Rien d'officiel. Juste des repas servis sur commande pour des amis du patron et des connaissances... Le repas servi ce soir là était entièrement à base de canard sauvage. Un régal. Certaines des recettes sont connues d'autres inédites. Il y eut notamment des lasagnes de canard, une volaille farcie, une salade avec des abats et des grillons. …

L'Europe du goût est bien celle que je préfère...

Nous étions l'autre jour près de Saint Jean de Luz, au Pays basque. Nos hôtes nous régalèrent de délicieuses anchois grillés et d'un merveilleux ragoût d'agneau. En nous promenant ensuite dans le village, j'ai vu par la fenêtre entrouverte d'une cuisine un grand plat creux dans lequel on faisait tremper de la morue. Comme à Venise... Et comme à Venise, la bacalà(morue séchée à l'air) trempait dans du lait. en discutant avec une vieille dame, je me suis rendu compte que la recette ressemblait particulièrement à celle que les vénitiennes ont coutume d'utiliser pour accomoder ce poisson depuis la nuit des temps : ail et tomate, ou bien simplement la chair du poisson au lait et aux herbes... A Bordeaux, un quartier du port où les bateaux de pêche qui fournissaient l'Europe en stockfish venaient autrefois accoster, s'appelle Bacalan... Euskadi, Aquitaine, Veneto... Une communauté du goût et du savoir-faire qui correspond pour mon plus grand bonh…

Douceur du soir qui vient...

La Galerie de Tramezzinimag : Geoffrey Humphries

En fouillant dans ma malle aux souvenirs vénitiens, j'ai retrouvé hier soir les lettres d'une amie qui fut longtemps proche d'une très jolie modèle française qui est depuis ces années-là la muse de Geoffrey Humphries, peintre d'origine anglaise qui vit et travaille depuis 40 ans à Venise. 
Plus connu sous son seul prénom, l'homme a marqué une période de la vie mondaine et artistique locale. Sa peinture est aujourd'hui très recherchée. Je me suis souvent rendu lorsque j'étais étudiant dans sa célèbre maison de la Giudecca où il recevait beaucoup. Hôte charmant et généreux, il tenait table ouverte et les soirées chez lui étaient fort agréables, le buffet largement garni et les verres toujours bien remplis. La compagnie joyeuse. C'est aussi un très bon musicien (il joue admirablement bien de la guitare) et un hôte chaleureux. Peintre expressionniste, coloriste flamboyant, il transmet avec son pinceau toute la fougue et l'enthousiasme d'un homme du…

A Venise aussi, Peppone et Don Camillo, un tempo fa...

Poignées...

A la demande de Philippe, fidèle lecteur matutinal qui connait l'une des meilleures adresses de Venise, Calle de l'Avogaria, ou on trouve encore de très beaux modèles de ces poignées de bronze typiques de la décoration vénitienne et qui ornent les portone (portails d'entrée des palais) mais aussi les portes en placage de bois précieux qui se trouvent à l'intérieur des vieilles demeures. En voici quelques exemple glanés ci et là (Merci à Max du Campiello notamment). Il existe encore deux ou trois fondeurs dont le plus ancien près des Fondamente Nuove qui possèdent les moules d'origine des XVIe et du XVIIe siècles.

Magnar e navigar in laguna : le Gigot de Mer.

En écoutant le disque de vieilles chansons vénitiennes en dialecte "Navigar in laguna, ballate e barcarole"que Stefano Scutari a sorti en 2005, l'envie me prend de préparer un plat que j'ai souvent réalisé pour la nuit du Redentore. Il s'agit du gigot de mer. Un plat à base de lotte. Comme ce poisson n'a pas d'arêtes, les enfants l'adorent et sa chair est très onctueuse. En voici la recette. c'est facile à réaliser, facile à réussir et le résultat emporte tous les suffrages. . Pour 6 personnes, il vous faut un beau morceau de lotte, pris près de la queue (1kg250 à 1kg500), 1 kg de belles tomates bien mûres (je choisis les cuore di bue qui se trouvent de nouveau en France. Celles de San'Erasmo sont assez grandes pour qu'une seule tranche remplisse une assiette). Ajoutez à cela 1 belle tête d'ail, 300 gr de champignons, 200 gr de lard fumé, 100 gr de crème fraîche (ou de yaourt turc véritable), 100 gr de parmesan frais, 1 verre d…

Le spritz

Quand le beau temps revient et que les terrasses de nouveau fleurissent le long des fondamenta, quand les jupes des femmes se font plus courtes et que les garçons remontent leurs manches, la veste sur l'épaule, il redevient agréable de prendre le temps. Siroter un spritz (prononcez toutes les lettres) au bar de l'horloge, au pied de la maison du vainqueur de Lépante, à Sta Maria Formosa, au Margaret Duchamp de Sta Margherita, au Florian ou au bar de l'Arsenal, près de san Martino, debout parmi les autres clients ou assis à une table sous le soleil de mai, le journal devant soi, c'est boire l'âme de venise. C'est communier au quotidien immuable des vénitiens. Alors, il est naturel que de retour chez soi on souhaite, nostalgie oblige, retrouver les sensations qui ont fait palpiter notre petit coeur émotionné par temps de volupté. En voici donc la recette. Tout est dans le dosage et dans les ingrédients, pas toujours faciles à se procurer de par chez…

Notizie di Venezia : la décrépitude u pont del Vin, à San Marco

Le Gazzettino de ce matin rappelait au bon souvenir de l’administration l’état d’un des ponts emblématiques du quartier San Marco. Il y a un peu plus d’un an que les gondoliers de l’embarcadère voisin de San Zaccaria signalaient à l’administration l’état pitoyable du ponte del vin, situé sur la rive des esclavons, au pied du palais Dandolo, l’actuel Hotel Danieli, à deux pas de Saint Marc. . Quelque chose a bien été fait pour protéger les splendides chapiteaux endommagées. Un filet tenu par une sorte d’échafaudage prévient la chute des pierres dans l’eau. Aujourd’hui le pont se pressente aux touristes tout de crêpe vêtu, en deuil de sa splendeur. Mais à part cela, rien. La toile peu à peu se désagrège augmentant l’impression de misère du monument... Passage obligé pour qui débarque à Venise entre les jardins de la Biennale et Saint Marc. Et les passagers des navires venus du Tronchetto ou de Punta Sabbioni ne peuvent pas ne pas voir cette triste verrue. Il s’agit pourtant…

Le promeneur de Venise Par Mazarine Pingeot, Ida Barbarigo, le 22 décembre 2004.

Au-delà des opinions politiques, des mœurs et des philosophies, l'amour que d'autres portent à Venise, attire la sympathie. François Mitterrand aimait beaucoup la Sérénissime. Il y a passé son avant-dernier Noêl au Palais Balbi-Valier, la demeure de Zoran Music et d'Ida Barbarigo. J'ai découvert ce texte par hasard, envoyé par un ami magistrat italien. Il m'a beaucoup ému. François Mitterrand aimait l'Italie. Il avait bien compris Venise et s'y plaisait. Sa fille, Mazarine Pingeot était avec lui lors de ce dernier séjour. Elle a recueilli le témoignage d'Ida Barbarigo. Voici l'intégralité de ce texte : 

«Ida Barbarigo et Zoran Music sont les plus chers amis vénitiens de François Mitterrand. "Vénitien" n’est pas là un adjectif restrictif, maisqualitatif. François Mitterrand les voyait ailleurs, cela s’entend, à Paris ou à la campagne, mais ils portaient en eux où qu’ils soient, les couleurs, les parfums, l’âme de Venise. Les villes souvent s…

L'image du jour : Casanova en 1760

Portrait présumé deGiacomo Casanova à 35 ans attribué à Anton Raphael Mengs, 1760 Collection Bignami, Gênes

Les gens...

"En allant vers San Marco, pendant le temps du Carnaval..." par Walter Ahlfeld

Vénitiennement...

"Pourquoi le son des cloches dans le ciel, le bruit d'un pas sur les dalles me font-ils battre le cœur d'une certaine façon ? De quelle prédisposition me vient cet accord avec tout ce qui m'entoure ? De quelque lointaine influence atavique peu-être ?... Mais que savons-nous d'avant nous-mêmes ?" Henry de Régnier (in l'Altana ou la Vie vénitienne)
Lorsque un matin de 1981 - ou bien était-ce en 82 ? - je pénétrais dans les locaux de la Bevilacqua la Masa, cette fondation culturelle qui a son siège sur la piazza San Marco, pour y rencontrer Hugo Pratt qui avait accepté de répondre à mes questions pourle supplément dominical du journal Sud-Ouest, ce sont ces mots du poète de la Ca'Dario qui sonnaient dans ma tête. Au son des cloches, au bruit des pas sur la place voisine, par la fenêtre entr'ouverte, se mêle aujourd'hui dans mon souvenir la voix chaude du père de Corto Maltese. Son accent vénitien, ses intonations un peu rauques. J'avais enregis…

Le traghetto

Le traghetto sur le grand canal.

Joyeux Anniversaire, Wolfi !

Il a 250 ans aujourd'hui et sa musique est toujours aussi jeune. Etait-il ce personnage fou, hirsute et iconoclaste, que nous dépeignait Forman dans son film"Amadeus", ou encore tel qu'il apparait d'après ses lettres, celles, délurées et presque obscènes à sa cousine, ou les nombreux compte-rendus, filialement corrects, envoyés à son père ? Je pensais ce matin à ce que purent dirent Leopold Mozart et sa femme devant le berceau de ce petit enfant fragile et tout rose... Auraient-ils pu imaginer qu'il deviendrait l'un des plus grands musiciens que la terre ait porté? Bien entendu, on ne saura jamais qui il fut vraiment. Tous les opus collationnés par Köchel sont-ils de lui ? Qu'aurait-il produit s'il avait vécu plus longtemps ? Aurait-il fini comme Da Ponte pionnier à New York, épicier ou patron d'une pizzeria. 

Ces propos peu respectueux n'entachent en rien l'admiration et le goût que j'ai pour sa musique. Presque trop moderne pour m…

Connaissez vous Lucian Freud ?

Connaissez-vous Lucian Freud ? Petit fils du célèbre psychanalyste, né en 1922, naturalisé anglais en 1933 et dernier rand peintre anglais vivant. Le Musée Correr l'a exposé dans une grande rétrospective qui a attiré des visiteurs du monde entier. Il aurait pu être présenté au pavillon anglais à la place de Bacon, puisque lui au moins, toujours vivant et créateur, répond bien à la définition d'artiste contemporain. Figure emblématique de l'art figuratif contemporain, il a été célébré dans les belles salles du Musée de la Piazza San Marco, pendant une bonne partie de l'année 2005. A la Biennale justement il avait été reçu... en 1954 en même temps que ses compatriotes, Francis Bacon et Ben Nicholson. Cette belle exposition présentait à la fois une synthèse de son travail de manière chronologique et d'un échantillonnage de ses thèmes préférés, car il n'y a pas que le portrait dans son œuvre, bien que ce soit par les portraits qu'il est le mieux connu.
Mais ce …

Images du quotidien

Amicalement dédié à celecteur bordelais virulent et inconnu  qui déverse ses aigres rancœurs sous le pseudo de Nieman...
Puisque certains lecteurs n'apprécient pas mes souvenirs vénitiens et mes commentaires, sur des lieux ou des moment jugés trop mondains, faisant l'amalgame facile entre la "jet set" des tabloïds (certains en seraient flattés, pas moi) et notre vie vénitienne, simple, normale, ordinaire - sans qualité particulière, voici quelques photos glanées sur le net qui traduisent bien Venise au quotidien. Loin des clichés et des idées convenues...
Pourquoi après tout devrait-on cacher son amour pour cette ville ? Parce qu'il s'agit de Venise et que des milliers l'ont fait - certes bien mieux que nous - avant nous ? Pourquoi dénigrer cet univers si particulier où nous nous sentons bien, sous prétexte qu'il est envahi par des millions de visiteurs chaque année, lieu-commun de notre époque revenue de tout ? 
Les fatigués, les overbookés, les speedés b…