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Articles

Un adagio pour accompagner la douce lenteur d'un dimanche...

Je ne sais pas vous, mais sauf à de rares occasions, fêtes carillonnées ou retrouvailles familiales, le dimanche reste toujours pour moi un moment privilégié, une pause dans un quotidien dont le rythme ne nous appartient pas toujours. L'Ancien Testament nous rappelle que Dieu, satisfait - et fatigué - par sa Création, se reposa la septième jour. Avec un pareil exemple, comment oser courir, s'exciter, s'éparpiller ce jour-là aussi ? Le jour du Seigneur, quelle jolie formule. Le dimanche est bien un jour spécial. 

Même sans plus aucune obligation professionnelle, sans les contraintes de temps et de résultats d'avant, il m'aura fallu des années pour oublier cette sensation terrible du dimanche soir, ce frisson de dépit et de tristesse à l'idée de devoir reprendre le collier dès le jour suivant. Tous ceux que la retraite - mais non le retrait - a délivré d'un quotidien d'obligations ont savouré ce moment où, enfin, chaque jour pouvait être comme un dimanche.…
Articles récents

Tu seras un homme mon fils...

Une (fidèle) lectrice me demandait il y a quelques jours pourquoi toutes ces modifications dans la présentation de notre TraMeZziniMag. Elle n'avait pas eu vent des mésaventures ubuesques qui effacèrent de par la volonté d'un robot programmé pour n'être qu'imbécile à l'image de l'état d'esprit Trumpinesque (pardonnez le mot tout aussi grotesque que le chef de l’Exécutif yankee) qui prévaut depuis quelques mois dans l'administration américaine, déteint dans la gouvernance des Big Brothers qui dominent désormais le monde et notre mode de communiquer et tend à se répandre dans l'esprit dangereusement obtus des nouveaux dirigeants des pays encore libres (mais n'est-ce pas qu'une apparence trompeuse et pour combien de temps ?) dont le nôtre et, il y a de fortes chances, bientôt l'Italie. Bref le blog vieux de douze ans et riche de plusieurs milliers de billets et qui comptait par dizaines de milliers ses lecteurs hebdomadaires et possédait un…

Projection publique : The Venetian Dilemma

Réalisé en 2004, un documentaire présentait au monde une image inédite de Venise face à un tourisme de masse dont la croissance exponentielle n'échappait déjà à personne. Il y avait les gens avisés qui mettaient face à face la diminution de plus en plus rapide de la population vivant dans le centre historique et les affairistes au pouvoir qui prétendaient moderniser la ville pour la redynamiser et la faire entrer dans le monde de demain. 
C'est l'époque où on parlait d'un métro souterrain pour permettre une liaison entre l'aéroport et l'Arsenal en 7 minutes, mettant Venise à 80 minutes de Paris par exemple. Les élus qui se frottaient d'avance les mains parlaient de 5.000 créations d'emploi dans des secteurs de pointe. L'époque où la municipalité, alors propriétaire des 2/3 du parc immobilier du centre historique, s'empressait, quand des locataires âgés quittaient leur logement, de faire briser à coup de masse les tuyauteries et les installations …

Aux vénitiens la politesse

Voilà un document oublié qui rend aux vénitiens la priorité sur toutes les entités officielles ou non qui cherchent à "éduquer" les touristes mal élevés qui, l'été le plus souvent, se laissent aller et se répandent dans le centre historique comme une coulée liquide, mélange de soda, de sueur et de méprise sur l'endroit où ils débarquent, une sorte de junk place avec de la junk food, des commodités, de l'ombre et de la pacotille bon marché qu'ils ramènent en souvenir, pressés de tout voir avant la fermeture de ce parc d'attraction où les figurants sont renfrognés et bien impatients. Les esprits chagrins verront dans le texte de l'affiche des remugles d'une bien mauvaise époque pour l'humanité, quand on chuchotait que les murs avaient des oreilles, que l'ennemi partout veille et que tout un peuple était assimilé à travers le monde comme un ramassis de parias dangereux responsable du malheurs de tous.
Traduction de ce manifesto de la célèbre C…

Une âme et des ailes...

Je ne sais plus qui a écrit que lorsque nous sommes sur n'importe quelle place en Italie, c'est comme si un orchestre se mettait à jouer. J'ai toujours cette sensation lorsque j'arpente les rues de Venise. Monteverdi, Vivaldi, Caldarà, Marcello bien sûr,  mais d'autres musiques encore surgissent au détour du chemin, surtout la nuit ou le matin tôt...

La musique illustre ou oriente ma rêverie selon mon humeur mais avant tout selon les lieux. A l'inverse, je ne puis entendre certains airs sans penser aussitôt à Venise. L'encouragement et le réconfort de la musique renforcent l'exaltation qui me prend quand je vais à travers la ville, que mon pas soit celui du promeneur, ou d'un homme pressé. "La musique donne une âme à nos cœurs et des ailes à la pensée" a écrit Platon. Elle habite et embellit l'errance.
La voix de l'anglais Tim Mead et les instrumentistes de l'ensemble Nuova Musica qui interprétent l'aria Vergnügte Ruh de la C…

Un dimanche gourmand

L'hiver a ses désagréments mais il a aussi ses délices. Cuisiner en est un, associé dans l'esprit de beaucoup d'entre nous aux petits bonheurs de l'enfance. Le rite du repas dominical par exemple, les bonnes odeurs qui s'échappent de la cuisine, les bruits familiers de la table qu'on dresse, le feu qui crépite dans la grande cheminée... Quand on a grandi dans cette ambiance paisible et joyeuse, les dimanches d'hiver, même lorsque le temps reste morose, le ciel gris et bas, sont autant de haltes précieuses dans la coulée des jours. Préparer le repas du dimanche devient comme un hommage à ceux qui m'ont appris ces joies simples et la passion des bonheurs tranquilles loin de la fureur du monde. C'est avec ces pensées que j'ai passé une partie de la matinée à préparer un plat traditionnel dans mon enfance et qui le reste encore aujourd'hui dans bien des familles : le poulet en cocotte, appelé à Venise, il pollo in tecia. Laura Zavan dans son exc…

Chroniques de ma Venise en janvier

Lundi 22 janvier. Promenade après deux heures à la bibliothèque. Mes pas me portent du côté de San Girolamo. Émotion comme à chaque fois, en passant devant la porte de mon premier vrai logement, sur la Fondamenta Coletti, ce petit studio tout en lambris qu'avait mis à disposition Giuliano Graziussi, le galeriste du campo San Fantin pour qui je travaillais. L'ambiance n'a guère changé. L'été dernier un vieux monsieur avait sorti une chaise et regardais passer les gens. Dans la même pose, au même endroit que mon voisin s'il y a plus de trente ans, ce vieux pêcheur que ne parlait que vénitien...
Délicieux macchiato et imposante part de brioche servie avec de la crème fraîche bio des Dolomites aromatisée à la vanille à Sullaluna, la sympathique petite librairie-bistrot de la fondamenta della Misericordia ( voir billet du 27/11/2017). Encore un nouvel endroit prometteur. Avec le Fujiyama à San Barnaba et l'arrière-salle de Rosa Salva aux pieds du Colleone, encore un e…

Je ne retrouve personne

Le Caigo qui recouvre la ville depuis hier rend propice à l'introspection, surtout quand la page demeure blanche et que toutes les belles idées, les jolies phrases qui jaillissaient toutes à la fois dans ma tête ne retrouvent pas leur chemin jusqu'à la plume. Est-ce bien raisonnable de s'acharner ainsi ? Cette réflexion m'a fait penser au titre d'un livre d'Arnaud Cathrine, écrivain que je n'ai pas le bonheur de connaître personnellement, mais dont je me sens très proche depuis ses premiers livres. 

Communauté d'idées et de mots. Michel Abescat, dans la critique d'un de ses ouvrages pour Télérama écrivait : "La recherche inlassable d'une vérité intime, d'une liberté de soi que seule l'écriture permet d'approcher et d'imposer, qu'elles qu'en soient les conséquences [...] Oser ainsi, au fil des pages, livre après livre, une sorte d'autoportrait crypté, les masques de la fiction servant à faire tomber, un à un, ceux …

C'est déjà mieux que rien : les maxinavi définitivement interdits à Venise

S'il faut modérer notre enthousiasme car le péril n'est pas définitivement écarté, l'intervention de l'UNESCO a tout de même finalement fait bouger les autorités locales et la solution la plus viable a été retenue : Si les maxinavi continueront de décharger à Venise des hordes de touristes - cela ne se fera plus - d'ici 4 ou 5 ans, selon les délais impartis - ce sont seulement les navires de plus de 55.000 tonneaux, les gigantesques monstres marins qui n'ont de bateau que le nom, qui seront bannis des eaux urbaines. Pour l'instant, les autres navires pourront continuer de passer et repasser devant le palais des doges et la pointe de la douane en toute légalité.
Cette décision définitive et incontestable est certes un progrès. Cela éloigne un danger potentiel pour la cité des doges et son inestimable richesse architecturale, mais aussi pour son écosystème. Dès l'achèvement des travaux, les navires pénètreront dans la lagune via le canal emprunté autrefois…

Un affreux cauchemar...

L'autre nuit, après un dîner trop copieux et une longue discussion avec d'autres féals, afficionados de Venise, j'ai fait un cauchemar. Un de ces songes odieux qui vous réveille au milieu de la nuit, suant et transpirant, les cheveux dressés sur la tête. Je venais d'apprendre horrifié qu'une municipalité devenue hystérique avait transformé d'un coup de baguette magique la cité des doges en un monopoly géant. Laissez-moi le partager avec vous. Comme un remède réconfortant.
Un être hybride que je reconnus être le maire grâce à son couvre-chef hybride, à la fois corno du doge et haut de forme des banquiers d'avant la crise de 29, sur lequel on lisait le mot  SINDACO en lettre d'or, occupait tout mon champ de vision. Cette énorme créature avait parfois le visage de Trump puis celui de Berlusconi, mais toujours avec mèche et moustache à la Adolf et une grimace à la Mussolini, fumait un énorme cigare. Il trônait, assis dans le plus simple appareil à califourch…